REFLEXIO 2022/2023

Toute propagation du son s’accompagne d’une réflexion acoustique, dès lors que l’onde sonore rencontre une surface qui en partie l’absorbe et en partie la réfléchit. Dérivant de ce principe, le cycle Reflexio propose une série de conférences où les paroles d’artistes, de musiciens et de chercheurs s’offrent à la réflexion partagée, dans des moments d’échange où les énoncés de chacun et chacune deviennent autant d’échos d’échos. Du chant artificiel des canaris à la politique de l’écho, en passant par les voix multiples, humaines et non-humaines, qui habitent un lieu, l’acouphène et les normes de l’écoute musicale, ou les utopies perdues, ces conférences abordent quelques-unes des préoccupations qui animent, aujourd’hui, les pratiques et la recherche dans les arts sonores et les sound studies.

à propos

Cycle de conférences arts sonores et sound studies, organisé par l'université Paris 8 et les Instants Chavirés, en partenariat avec La Muse en Circuit et TT-Node ; dirigé par Matthieu Saladin.

PROGRAMME 2022/2023

15/11 : Marie Lechner, « Les oiseaux comme « media environnemental » : une médiarchéologie du canari »
06.12 : Susana Jimenez-Carmona, « Ici, les voix sont nombreuses »
07.12 : David Toop, « L’écoute, une pratique complexe »
31.01 : Antoine Chessex, « Politiques de l’écoute : l’écho comme pratique sonore subversive »
28.03 : Marina Rosenfeld, « Nullité, flou et trace : la musique en dehors de la performance »
18.04 : Marie Thompson, « Les acouphènes, l’écoute musicale et le travail dans la musique »

ARCHIVES

DAVID TOOP, « L’écoute, une pratique complexe »

Discussion publique avec l’auteur notamment de Ocean of Sound : Ambient sound and radical listening in the age of communication (1995), Haunted Weather : Music, Silence and Memory (2004), Into the Maelstrom : Music, Improvisation and the Dream of Freedom, before 1970 (2016), Rap Attack : African Jive to New York Hip-Hop (1984).

Depuis 1970, David Toop développe une pratique qui dépasse les frontières du son, de l’écoute, de la musique et des matériaux. Cette pratique englobe la performance musicale improvisée, l’écriture, l’électronique, l’enregistrement de terrain, le commissariat d’exposition, les installations d’art sonore et l’opéra. Il a publié huit livres très remarqués, dont Rap Attack (1984), Ocean of Sound (1995), Sinister Resonance (2010), Into the Maelstrom (2016), Flutter Echo (2019) et Inflamed Invisible : Writing On Art and Sound 1976-2018 (2019). Brièvement membre du projet pop The Flying Lizards de David Cunningham en 1979, il a publié quatorze albums en solo, de New and Rediscovered Musical Instruments sur le label Obscure de Brian Eno (1975) et Sound Body sur le label Samadhisound de David Sylvian (2006) à Entities Inertias Faint Beings (2016) et Apparition Paintings (2021). Ses enregistrements de 1978 en Amazonie sur le chamanisme et les rituels Yanomami ont été publiés sur Sub Rosa sous le titre Lost Shadows (2016).

Ces dernières années, il a collaboré avec Rie Nakajima, Akio Suzuki, Tania Caroline Chen, John Butcher, Ken Ikeda, Elaine Mitchener, Henry Grimes, Sharon Gal, Camille Norment, Sidsel Endresen, Alasdair Roberts, Lucie Stepankova, Fred Frith, Thurston Moore, Ryuichi Sakamoto. Il a notamment été le commissaire d’exposition de Sonic Boom à la Hayward Gallery (2000) et son opéra Star-shaped Biscuit a été joué en 2012. https://davidtoopblog.com/

Susana Jimenez-Carmona, « Ici, les voix sont nombreuses »

Cette conférence abordera trois travaux qui portent sur des lieux à la fois très particuliers et très génériques pour réfléchir sur la façon dont nous écoutons et nous nous rapportons aux lieux que nous habitons et à la multitude de voix humaines et non-humaines qui les composent. Ces travaux sont Una calle (Une rue, 2017), Esta no es mi casa (Cette maison n’est pas la mienne, 2021) et Lana negra (Laine noire, 2022). Le premier est un travail collaboratif de Cuidadoras de sonidos (un duo composé d’Anouk Devillé et Susana Jimenez Carmona) qui tente de souligner les liens intimes entre la Cañada Real Galiana (le plus grand campement irrégulier d’Europe, situé à la périphérie de Madrid) et la rue la plus centrale et emblématique de la ville, la Gran Vía. Esta no es mi casa est un travail réalisé en collaboration avec des membres du groupe de femmes migrantes et travailleuses domestiques Territorio Doméstico qui interroge ce qui fait d’une maison notre maison pour problématiser ce qu’on croit être le plus évident. Lana negra cherche des manières d’écouter, de prêter attention à la façon dont les non-humains avec lesquels nous cohabitons ont fait et font des territoires et des villes. Il essaie de le faire en accompagnant l’un des troupeaux de moutons qui vivent encore dans la ville de Cordoue. Ces travaux nous permettront de réfléchir sur les écoutes mutuelles, sur les complexités inépuisables des pratiques collaboratives, sur la cohabitation au-delà de l’humain, sur la politique des singularités et sur la singularité du public, sur la nécessité d’explorer d’autres manières d’habiter et d’écouter, sur la position du rôle de l’artiste et sur le sens d’envisager tout cela en faisant des arts sonores.

Susana Jiménez Carmona est artiste sonore et chercheuse. Docteure en Sciences Humaines et de la Culture, diplômée en Philosophie et musicienne, elle est professeure dans le Master en Arts Sonores de l’Université de Barcelone. Elle fait partie de Cuidadoras de sonidos et El paseo de Jane, a collaboré et collabore avec différents artistes et collectifs tels que Malú Cayetano, Silvia Zayas, Minty Donald, Nick Millar, Territorio Doméstico, Plata Lugar ou CAR Inland. Son travail a été montré dans des espaces tels que Museo Reina Sofía, Matadero Madrid, CaixaForum, CentroCentro, RNE, les festivals internationaux Creatures (Séville), Frinje (Madrid) et Tsonami (Valparaíso), etc.

MARIE LECHNER, « Les oiseaux comme « media environnemental » : une médiarchéologie du canari »

Depuis que Rachel Carson a prédit un « printemps silencieux » en 1962, les écologues ont écouté les oiseaux avec attention et anxiété. Plutôt que de considérer le chant de l’oiseau comme voix d’une hypothétique « nature » et symbole d’une harmonie perdue, cette conférence se penche sur la « musique » que les oiseaux, les humains et les machines font ensemble, en prenant comme exemple le chant artificiel des canaris. À partir des recherches de Jacob Smith et de sa notion de « bird media« , développée dans Eco-sonic Media, nous retracerons l’histoire de ces oiseaux domestiques entraînés par les humains afin de procurer un divertissement audio à domicile des décennies avant l’invention puis la prolifération des technologies domestiques comme le phonographe, le gramophone et la radio.

Marie Lechner est enseignante-chercheuse à L’École supérieure d’art et de design d’Orléans, autrice et commissaire d’exposition (dernière en date, House of Mirrors : AI as Phantasm au HMKV, Dortmund, 2022).