Reflexio 2021/2022

Cycle de conférences arts sonores et sound studies, organisé par l’université Paris 8 et les Instants Chavirés, en partenariat avec π-Node.
Dirigé par Matthieu Saladin
Octobre – Décembre 2021

Toute propagation du son s’accompagne d’une réflexion acoustique, dès lors que l’onde sonore rencontre une surface qui en partie l’absorbe et en partie la réfléchit. Dérivant de ce principe, le cycle Reflexio propose une série de conférences où les paroles d’artistes, de musiciens et de chercheurs s’offrent à la réflexion partagée, dans des moments d’échange où les énoncés de chacun et chacune deviennent autant d’échos d’échos.

Des usages de partitions dans les processus de création à l‘écoute des non-humains, en passant par le glissando chez Flynt, les expériences auditives d‘Amacher ou les potentialités politiques de la polyphonie, ces conférences abordent quelques-unes des préoccupations qui animent, aujourd’hui, les pratiques et la recherche dans les arts sonores et les sound studies.

Programme 2021
26.10 : Pierre Bal-Blanc, « Solo – Nature Study Notes, 1969-2019 »
02.11 : Amy Cimini, « Wild Sound: Maryanne Amacher and the Tenses of Audible Life »
08.11 : Anne Zeitz, « Polyphone »
23.11 : Véronique Perriol, « Briser l’intervalle. Le glissando : une qualité perceptive de la musique d’Henry Flynt »
03.12 : Ari Benjamin Meyers, « On the Kunsthalle for Music / Some Recent Works »
14.12 : Thomas Tilly, « Composer sur un fil »

ARCHIVES

1 Pierre Bal Blanc : « Solo – Nature Study Notes, 1969-2019 »

Partition : Les membres du public sont libres de se placer dans l’espace d’exposition. Chaque rite sélectionné dans la partition (libre de droit) Nature Study Notes du Scratch Orchestra datée de 1969 est isolé et imprimé ou tissé de manière lisible sur des vêtements portés par le performeur. Chaque rite est activé de manière à affecter le performeur autant que le public, et à modifier leurs positions respectives dans l’espace. Chaque rite est exécuté par le performeur avant d’enlever le vêtement correspondant. Chaque vêtement retiré par le performeur est jeté dans l’espace où la performance a lieu. Un musicien solo accompagne chaque rite, soit en jouant en tandem avec le performeur, soit en construisant un continuum à partir d’une autre sélection de rites. Les crédits sont indiqués par des initiales qui correspondent à la partition originale.

Pierre Bal-Blanc est un commissaire indépendant et essayiste basé à Athènes et Paris. Ses dernières publications sont Der Canaletto Blick-The Canaletto View (Kontakt/Walther König 2020), Collective Exhibition for a Single Body-The documenta 14 Score (catalogue Museumcultuur Strombeek Gent, 2019), The Private Score (catalogue M Leuven/gb agency/Paraguay 2019), Projet Phalanstère (catalogue Sternberg Press, 2017), Soleil Politique (catalogue Museion/Paraguay 2015), Draft Score for an Exhibition (catalogue NERO Publisher Rome, 2014), The Death of the Audience (Secession/Ver Sacrum, Verlag Niggli AG Sulgen/Zurich, 2011). Il a été directeur du centre d’art contemporain CAC Brétigny en banlieue parisienne de 2003 à 2014, commissaire pour la documenta 14 de 2015 à 2017 à Athènes et Cassel sous la direction artistique de Adam Szymczyk. Il fait partie de l’Advisory Board de Flash Art magazine où il a publié la colonne « The Curatorial Gaze » en 2020-21.

Solo - Nature Study Notes
https://hotwheelsathens.eu/exhibitions/i-got-up/
https://flash---art.com/2021/08/i-got-up-hot-wheels-athens/#

Nature Study Notes
https://www.documenta14.de/en/calendar/17027/scratch-cottage-and-nature-study-notes
http://intuitivemusic.dk/iima/sonsn.pdf

Scratch Orchestra et Cornelius Cardew
https://www.cacbretigny.com/2003-2015/Cardew_Fenetre.html
https://www.documenta14.de/en/artists/16230/scratch-orchestra

Jusqu'au 13 novembre 2021 : I GOT UP
https://gbagency.fr/exhibitions/i-got-up

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2 Amy Cimini : « Wild Sound: Maryanne Amacher and the Tenses of Audible Life »

Embrassant une période allant du début des années 1960 jusqu’au tournant du millénaire, cette conférence porte sur la manière dont Maryanne Amacher envisageait les formats de présentation de son œuvre, aussi bien dans des médias existants que supposés, et toujours en les considérant comme des modalités sonores et d’écoute reliant des mondes sociaux réels et imaginaires. Cet exposé se concentrera sur les cadres de vie ayant émergé de l’étude pluridisciplinaire de l’expérience auditive d’Amacher. Il s’intéressera plus généralement à la manière dont les conceptualisations du son peuvent accorder des valeurs sociales inégales aux corps, aux matériaux et aux relations, et en quoi cette considération a pu s’avérer pertinente pour la contestation civique et environnementale, mais aussi pour penser les télécommunications, la science et la technologie à la fin du XXe siècle aux Etats-Unis.

Amy Cimini est maîtresse de conférences en musique à l’université de Californie à San Diego. Elle travaille dans le champ des integrative studies. Comme musicologue, enseignante et musicienne, elle s’intéresse aux questions relatives au pouvoir, à la communauté et à la technologie dans les musiques expérimentales, les arts sonores et les cultures de l’écoute aux XXe et XXIe siècles. Elle adopte des méthodes qui lient la recherche dans des archives et l’histoire orale à l’écriture et la performance expérimentales. Sa monographie Wild Sound: Maryanne Amacher and the Tenses of Audible Life paraît aux presses de l’université d’Oxford à l’automne 2021 (Blank Forms Editions, 2020).

https://music-cms.ucsd.edu/people/faculty/regular_faculty/amy-cimini/index.html

3 Anne Zeitz : « Polyphone »

Cette conférence se concentre sur le projet d’exposition Polyphone, Polyphonies visuelles et sonores ayant eu lieu à la Kunstsammlung et au Museum für Angewandte Kunst Gera durant l’été 2021 et qui voyagera au Musée d’art et d’histoire Paul Eluard de Saint-Denis au printemps 2022. Il s’agira de présenter les réflexions qui ont accompagné la conceptualisation de l’exposition — autour des possibilités de saisir la polyphonie, ses modalités et ses résonances (séminaire Comment exposer la polyphonie ? au DFK Paris, 2021) —, la réalisation de son premier volet en Allemagne, ainsi que celles engendrées par la préparation de son second volet en France dans des espaces d’exposition très différents. Polyphone regroupe des œuvres de 21 artistes qui reflètent la rencontre de sons et de voix multiples à travers des constellations sonores à la fois convergentes et divergentes. L’exposition repose sur la polyphonie musicale mais renvoie également au sens du terme élaboré par Mikhaïl Bakhtine. Elle est structurée à travers cinq thèmes qui s’entrecroisent : Voices, Transmissions, Small Music, Vibrations, Distractions. Il sera ici discuté en quoi ce projet d’exposition révèle ce que peut signifier la congruence, en termes sonores, entre le multiple et l’organisé, l’individuel et le collectif, l’harmonie et la discordance à l’époque contemporaine.

Anne Zeitz est maîtresse de conférences à l’Université Rennes 2 et membre de l’équipe de recherche Pratiques et Théories de l’art contemporain. Elle a dirigé le projet de recherche Sound Unheard (2019/20) et le numéro éponyme de la revue en ligne Kunsttexte.de et sa rubrique Auditive Perspektiven de la Humboldt-Universität zu Berlin. Ses recherches portent sur l’attention auditive, l’inaudible et le non-entendu, ainsi que sur des méthodologies de recherche permettant d’étudier, à partir de documents d’archives, des œuvres sonores du passé qui n’ont pas été enregistrées. Elle a été co-commissaire des expositions et cycles de performances Echos magnétiques – Christina Kubisch (Musée des beaux-arts de Rennes), Sound Unheard (Goethe-Institut Paris) et Inaudible Matters (Gaîté Lyrique, Paris) en 2019 et elle est commissaire de l’exposition Polyphone, Polyphonies visuelles et sonores (Kunstsammlung Gera et Musée d’art et d’histoire Paul Eluard de Saint Denis, 2021-2022).

4 Véronique Perriol : « Briser l’intervalle. Le glissando: une qualité perceptive de la musique d’Henry Flynt »

Henry Flynt est un artiste, musicien et philosophe américain, né en 1940 en Caroline du Nord, aux Etats-Unis. Il est connu pour avoir participé à certains événements Fluxus et pour avoir écrit en 1961 un texte intitulé « Concept Art » faisant de lui un des précurseurs de l’art conceptuel. Il a une abondante création musicale, traversée au début par les avant-gardes, en particulier John Cage, puis marquée par le rock. Finalement, sa réflexion l’amène à créer une « nouvelle musique ethnique » qui mêle différentes influences, en particulier le hillbilly, mais aussi la musique indienne et africaine. Henry Flynt adopte différentes techniques de compositions musicales et en crée certaines pour rendre sa musique plus audacieuse et expérimentale. L’une d’elles, le glissando est une technique assez ancienne et commune à beaucoup de musiques, qui consiste à glisser d’une note à une autre. Cette technique que Flynt s’approprie librement devient centrale et s’inscrit à la suite de ses recherches et sa pratique du rãga. Nous verrons comment le glissando permet d’altérer la notion de hauteur, questionne le concept traditionnel d’intervalle et de mélodie, pour accentuer la dimension expressive et spatiale de sa musique. Si les sons glissés touchent plus la sensibilité que les notes fixes, le glissando permet l’exploration d’un continuum musical plus plastique. Flynt place la note musicale sous le prisme du glissando à la suite de la musique hindoustani. Le glissando soulève la question du codage du son et de l’introduction du bruit dans la musique. En glissant d’une note à une autre, le glissando révèle un ou plusieurs bruit(s) non codés mais qui acquièrent une valeur musicale. Cette esthétique du continuum entretient des relations plus étroites avec le domaine du sensible et est liée au phénomène de la perception. Le glissando donne une impression de mouvement (ascendant, descendant), qui s’oppose parfois à une stabilité sonore, à l’idée d’un son statique. Le glissando paraît propre à créer des zones perceptives ambiguës pour l’auditeur et dans certains cas des illusions auditives, en raison de sa capacité à effacer certains repères, voire à diluer les normes.

Véronique Perriol est directrice artistique et docteure en histoire de l’art contemporain. Elle s’est spécialisée sur Fluxus et l’art conceptuel et a soutenu, à la Sorbonne en 2006, une thèse ayant pour titre : « Conceptions du langage verbal en art. De Fluxus à l’art conceptuel ». Elle a publié des textes sur les artistes Fluxus, les artistes de l’art conceptuel et sur la poésie expérimentale. Après avoir enseigné l’histoire de l’art, elle a travaillé en galerie d’art à Paris. Elle se consacre au commissariat d’exposition, à la direction artistique (au sein d’IM) et à l’écriture. Elle est en train d’achever un livre sur la création artistique et la musique d’Henry Flynt, ainsi que sur son engagement politique.

5 Ari Benjamin Meyers : « On the Kunsthalle for Music / Some Recent Works »

Il s’agira d’une introduction au projet de la Kunsthalle for Music, son histoire, comment il est apparu et peut-être, plus important, pourquoi elle a vu le jour. La position de la Kunshalle for Music par rapport à la musique contemporaine et aux arts visuels sera analysée. Diverses œuvres et commandes appartenant à son répertoire seront discutées. Cette analyse mènera à une discussion sur certaines œuvres récentes.

Ari Benjamin Meyers (né en 1972, États-Unis) vit et travaille à Berlin. Meyers a reçu une formation de compositeur et de chef d’orchestre à la Juilliard School, à l’université de Yale et au Peabody Institute. Troquant le format du concert pour celui de l’exposition, ses œuvres largement exposées – comme Kunsthalle for Music (2018), Symphony 80 (avec l’Orchestre symphonique de la radio bavaroise) et Solo for Ayumi (toutes deux en 2017) – explorent des structures et des processus qui redéfinissent la nature performative, sociale et éphémère de la musique ainsi que la relation entre l’interprète et le public. Sa pratique diversifiée comprend des performances pour la scène et pour des espaces d’exposition ainsi que trois opéras, dont une commande pour le Semperoper Dresden, un ballet pour l’Opéra de Paris et, plus récemment, l’œuvre expérimentale de théâtre musical Forecast (2021) pour la Volksbühne Berlin. Meyers a souvent travaillé en collaboration et a réalisé de multiples projets communs avec des artistes tels que Tino Sehgal, Anri Sala et Dominique Gonzalez-Foerster, ainsi qu’avec des groupes tels que The Residents, Chicks on Speed et Einstürzende Neubauten.